PARTAGE DES MURS (un livre, des livres, une exposition).
Livres et expo de groupe avec Laurence Grave, Sylvie Mir, Fred Furgol, Georges Franco, Michel Carmantrand.
Vernissage Le 19 avril à partir de 18h00, exposition du 19 au 24 de 16 à 20 heures, ou sur rendez-vous au 06 72 74 71 40.
Les éditions Naima présenteront :
André Valensi, prégnance de la couleur, une monographie de Sylvie Mir, le 21 avril à 19 heures.
Galerie Ménil'8, 8 Rue Boyer Paris vingtième, (métro Gambetta).
C'est sur l'invitation de Georges Franco, artiste et éditeur, que nous avons commencé à réfléchir à la possibilité de publier un livre axé sur nos peintures respectives et comprenant textes et photos. Il nous fallait un angle et celui-ci s'est présenté : prendre en compte le fait que Laurence Grave et moi-même partageons non seulement un appartement au quotidien, mais également un atelier, qui n'est autre que l'appartement. Comment en rendre compte sans pour autant centrer le projet là-dessus ? En commentant le travail de l'autre comme nous commentons le travail de l'autre chaque jour, mais cette fois, à l'écrit, c'est-à-dire, seul.
Michel Carmantrand
PARTAGE DES MURS, 21x15cm, 112 pages, 70 photos, préface de Victoria Le Boloc'h-Salama, introduction de Marcel Fontaine, postface de Daniel Feingold, mise en page Alexandre Chenet, 13 euros. Disponible sur place durant l'exposition, ou à commander sur le site des éditions Crise et Tentation (frais de port offerts) :
https://crise-tentation.jimdofree.com/
Trendy Square, 32x32cm, huile sur châssis, 2019, page de droite, commentaire par Laurence Grave.
Peinture, structure.
Normalement, le trompe-l’œil, par les moyens de la perspective, des ombres, de la profondeur, est destiné à donner l’illusion d’un relief sur une surface plane. Ici, à l’inverse, on rencontre l’illusion d’une planéité à même un relief. Ce qui frappe au premier abord dans la perception de cette peinture-sculpture, c’est l’harmonisation dynamique des couleurs et de la forme de l’objet. Le relief n’est pas une illusion, puisqu’il s’agit bien d’un petit châssis rectangulaire, à l’origine. Le basculement physique du cadre, le "désemboîtement" des montants du châssis forment des triangles aux quatre angles, produit des zones soulignées par l’ombre portée. La couleur jouant avec ces ombres transforme le statut de l’ombre, lui donne une portée plastique précise, active. Les bords arrondis, peints en partie en jaune et en orange clair, déclinent et suggèrent la possibilité d’une ligne de fuite, d’une perspective. Ici, la couleur, loin de se reposer passivement sur la forme de l’objet, traduit méthodiquement en plans successifs, en lignes, en traits disjoints, en teinte, tout le propre de la structure, l’informe et l’accentue, la contrarie, bref, la transforme. La peinture recrée la forme, la modélise, lui donne son unité et ses lignes de tension, de rupture contrôlée. Les couleurs sont franches et directes, parfois débordent et parfois s’arrêtent. S’il s’agissait de touches juxtaposées, on penserait à la peinture de Paul Cézanne.
Little study, 24x18cm, découpage, huile sur toile, 2019, page de droite, commentaire par Michel Carmantrand.
Soit une petite toile tendue sur un châssis que l’on aura retourné face au mur. Toile et châssis sont peints à l’huile en brun rouge et vert noirâtre avec des variations de teinte et d’intensité dues au mélange partiel de ces deux tons. Ici et là des traces de rouge, et en réserve des éclats, ou bien des échardes de blanc, celui de la toile laissée vierge, le blanc de la préparation du support. Des lanières ont été découpées à la verticale, déchirées régulièrement, dégrafées du bas du châssis et retournées au-dessus du montant supérieur, si bien qu’elles pendent à présent par devant ; leurs extrémités, dépassant le montant inférieur, flottent dans l’espace. Ce dispositif particulier donne à voir une peinture à double fond, un châssis équipé d’une toile et devant et derrière. Dans les intervalles laissés libres par les découpes, on voit le mur, à condition de se placer légèrement de côté, car de face il n’en est rien, c’est une surface de couleur. Peinture à deux coups. Les blancs laissés libres sont importants en ce sens qu’ils structurent le tableau, la teinte, la surface, l’aspect, mais également l’objet, en jouant avec le mur, en donnant la mesure de l’épaisseur de la chose. Si l’illusion appartient à la peinture, c’est là une illusion sans illusions, offrant ses "trucs" au regard, les dévoilant sans interdire celle-ci pour autant.
Décalque, 180x180cm, pliage et huile sur toile et châssis, 2020, commentaire par Michel Carmantrand.
Dans le cours de la production d’un artiste, pour peu qu’on fréquente ses travaux et qu’on soit accoutumé à leur singularité, que ce soit en les ayant sous les yeux régulièrement, dans l’atelier ou lors d’expositions temporaires, sinon dans les musées ou bien en photo, on en voit apparaître (et puis l’on se rappelle de) certains qui pour nous font mémoire, bornes et repères, s’imposent comme des réponses correctes aux questions qui se posent, se sont posés et se poseront ; mais parmi ceux-ci s’établit parfois un second cercle, restreint, comprenant un nombre limité de pièces qui a nos yeux sont importantes en ce sens que leur portée dépasse le champ nécessairement étroit des gestes de l’artiste ; non pas en ce sens que ces travaux plus rares se désolidariseraient de l’ensemble par une facture particulière, une discrétion remarquable ou une ambition plus marquée, mais parce que ceux-ci se passeraient volontiers des autres, voire de tous les autres, dans la mesure où les échos qu’ils produisent n’impliquent pas nécessairement la connaissance de l’œuvre ni même, croit-on, de connaissances esthétiques marquées (mais cela reste une illusion). Et souvent la simplicité de l’approche et des moyens n’est pas étrangère à la portée générale, comme si l’on avait tiré les bonnes cartes et déposé la bonne main, au bon moment. D’un carré de toile et de bois faire un horizon, d’un horizon faire deux triangles, ou bien six, et de ceux-ci faire un miroir carré de carreau.
Greedy grid, 120x120cm, acrylique, gesso et pastel gras sur toile, 2019, commentaire par Michel Carmantrand.
Soit quatre "ressorts" jaunes et plats prenant appui contre les bords d’un châssis carré d’assez grande taille, censés se détendre vers l’intérieur (de gauche à droite, du haut vers le bas, de droite à gauche et de bas en haut), mais dont l’élan s’arrête à mi-course du fait de leur opposition, d’un équilibre des forces en présence. Cette disposition crée une tension sensible qui maintient le plan en place et fait en sorte que la surface ni ne s’échappe ni ne s’immobilise à tel ou tel endroit. Un "milieu", mais pas de centre ; donc une structure égalitaire, mais dynamique du fait de l’entrecroisement partiel des passages du rouleau. Cette manière de procéder, cette méthode, a produit de nombreux triangles aigus distribués sur toute la toile, dont six, dans les blancs, s’ancrent au bord de la toile, deux sur chacun des côtés. À cette disposition du plan, de la couleur et de la forme, motif omniprésent, s’ajoute et s’oppose sans raideur un quadrillage simultanément régulier et irrégulier, réseau de lignes claires, rouges, bleues, grises, certaines étroites et d’autres crayonnées afin de les élargir sans jamais qu’elles se fassent surface à leur tour. L’étroitesse du trait, la légèreté des teintes, la "simplicité" du procédé, la spontanéité du geste épongent en un instant tout ce que la structure sous-jacente pourrait suggérer de systématique. Dans la partie gauche du bas, la pointe d’un triangle est rehaussée de vert.
Cut, 300x400cm, acrylique et découpage sur bâche, 2019, page de droite, commentaire par Laurence Grave.
Dans cette grande bâche, toile libre clouée au mur, le mot cut a été découpé aux deux tiers de la surface peinte, celle-ci étant divisée horizontalement en deux couleurs, anthracite et vert. Les trois lettres découpées disent et montrent exactement ce qui est à voir : un découpage. Ici la peinture prend une dimension sculpturale du fait des bandes de bâche découpées reposant au sol, qui manifestent non seulement la matérialité de la surface, mais transforment le mot en figure, en motif, en abstraction. Une méthode simple. Il en va de même pour la division des couleurs, elle aussi un cut, mais celui-ci composant l’image d’un horizon, d’un paysage possible, ciel noir sur prairie verdoyante ; l’ensemble rejoignant la simplicité des minimalistes américains : Less is more.
SurfaceSupport j’adore, 300x400x300cm, découpage et acrylique sur bâche, 2019, commentaire par Laurence Grave.
La croix.
Une grande bâche couverte de peinture acrylique rouge brique ; les touches de pinceau sont visibles, expressives, plus sombres par endroits, donnant à ce rouge un aspect de sang séché. Une croix, formée d’une bande verticale et d’une bande horizontale allant jusqu’aux limites de la bâche a été découpée, tenant encore à celle-ci par la base. La contre-forme rouge de la croix tombée au sol laisse apparaître une croix blanche au mur, et le blanc du mur. D’un seul tenant, intimement liées, la forme et la contre-forme produisent un effet de perspective immédiat, des lignes de fuites convergentes, l’une n’existe pas sans l’autre : une figure et son ombre, un miroir et son reflet, l’ombre et la lumière, la perspective au service de la Renaissance, la Renaissance au service de l’Église, autrefois.
Daniel Feingold (extrait) :
"Il me semble que Laurence Grave et Michel Carmantrand œuvrent à contre-courant de cette phase actuelle. Ils ont découvert leurs poétiques respectives dans une zone d’enchevêtrement où chacun possède des aptitudes similaires pour accentuer le langage de la peinture jusqu’à son paroxysme, là où chaque pas accompli, chaque inscription plastique s’impliquent dans un renouvellement du sens et de la signification. C’est qu’aujourd’hui, en raison de la fragmentation actuelle du champ du "langage", nous devons constamment inclure de nouvelles significations et actualiser sans cesse la "syntaxe" et la "grammaire" afin de le restructurer, tel un diagramme à multiples facettes. J’aime observer leur travail depuis le prisme phénoménologique, et considérer les travaux de chacun des deux comme une chaîne ininterrompue, un maillon fiable entre passé et présent. J’y vois le versant escarpé d’une approche profondément ancrée dans l’histoire de la peinture, une percée vers la conscience au travers de multiples incidences occasionnelles. Leurs travaux sont issus d’un processus de filtrage où les défauts et les erreurs ne sont que des évènements fortuits, généralement considérés comme des apports sains et destinés à repousser le moralisme tout autant qu’à évacuer l’aliénation scientiste."
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